Article paru dans GéNérique n° 14

La derniere fois nous avions été voir chez les Grecs voyons un peu ce qu'ils firent une fois qu'ils surent faire de grandes plaques de métal...

L'apparition des techniques permettant le travail du bronze en plaques permit enfin de faire des pièces d'armure de taille importante et d'un seul tenant. Ce que l'on perdait en souplesse, on le gagnait en solidité. C'est aux alentours de la première moitié du IVeme siècle avant J.C. que des armuriers Grecs conçurent les premières cuirasses anthropomorphiques. Ces cuirasses se présentaient sous la forme de deux feuilles de bronze découpées et mises en forme, jusqu'à ce que le plastron ressemble à une poitrine d'homme fortement musclé. Les épaules, et le haut des cuisses étaient protégés par du tissu chez les Grecs puis par des lanières de cuir quand les romains à leur tour adoptèrent ce type de protection. Les jambes elles, étaient protégées par des cuissardes de bronze.

Pour réaliser la pièce de base de toute armure qu'est la cuirasse, il faut commencer par se procurer une plaque de tôle de dimension suffisante. Pour une personne faisant environ 1m70 pour un mètre de tour de poitrine, une plaque de un mètre par 50 centimètres conviendra parfaitement. Deux petites charnières, des rivets, ainsi que deux boucles et des lanières de cuir vous seront nécessaires comme matières premières. Un compas, une pince plate et une pince passante, un marteau à tête arrondie,quelques planches de bois d'au moins deux centimètres d'épaisseur ou une buche, afin de servir d'enclume, quelques ciseaux a bois, ainsi qu'une règle et une pointe à tracer seront vos outils dans une première étape. Choisissez une tôle de un mm en l'aluminium qui se travaillera facilement. Par la suite, vous pourrez essayer plus épais et plus dur, quand vous serez entrainé.

Coupez la tôle en deux carrés de 50cm de coté. L'un sera le plastron, et l'autre la dossière. Il faut ensuite découper les ouvertures pour les bras, et aussi pour l'encolure. Commencez par tracer deux rectangles de 10 cm par 20 cm puis deux quarts de cercle de dix centimètres de rayon, comme ci dessous:

Faites de même pour les deux plaques. Vous aurez ainsi découpé vos emmanchures. Pour les découpes du col, tracez dans ce qui sera la dossière un demi cercle de 20 cm de diamètre, bien centré sur le côté le plus étroit de la plate. Pour le plastron, il faut faire de même, mais là, le demi cercle d'encolure, sera décalé d'au moins cinq centimètres vers le bas de la cuirasse. Comme sur les dessins suivants:


Maintenant, il va falloir vérifier que tout ceci puisse vous aller. Le meilleur moyen est d'essayer la cuirasse. Mettez donc en forme la cuirasse comme ceci,

avant de l'essayer sur vous, ou sur la personne à qui est destinée cette cuirasse. Au moment de l'essayage, faites bien attention à ne pas vous couper allez y doucement ! Les bords de tôle sont effectivement très tranchants pour le moment.

Vérifiez que le bas de la cuirasse n'appuie pas sur vos cuisses quand vous vous asseyez. Si c'est le cas. Mesurez et coupez le métal en trop en suivant la forme ci dessous pour l'aspect hellène de la cuirasse.

Maintenant, réessayez le plastron, et vérifiez que le bas de l'encolure arrive au niveau, ou en dessous du point de jonction de vos clavicules. Ainsi même avec l'armure sur le dos, vous pourrez baisser la tête sans gène ni risque de vous étrangler en cas de chute. Si il y a du métal en trop, là aussi coupez le, en respectant la forme en demi cercle de la découpe précédente. Utilisez la chute de métal, comme gabarit pour tracer.

Vous pouvez procéder de façon équivalente pour les emmanchures, si vous sentez une gène quelconque et vous aurez une cuirasse vraiment à vos mesures. Le seul problème c'est qu'actuellement c'est un vrai rasoir.

Comme pour tout vêtement digne de ce nom, il faut maintenant faire des ourlets avant d'assembler les morceaux. Avec la pince plate, recourbez le métal sur tout les bords des deux pièces, sur une largeur de 5mm environ. Recourbez le métal vers l'extérieur. Progressez doucement sur tout l'ourlet, ne pliez pas totalement le métal d'un coup, vous le déchireriez. Quand l'épaisseur de la pince ne permet plus de plier d'avantage, terminez de rabattre la tôle en tapant légèrement au marteau. De profil, l'ourlet devrait avoir une forme de goutte d'eau. Ainsi du même coup, vous obtiendrez des bords d'une rondeur très agréable, et une rigidité accrue de votre cuirasse.

Une cuirasse Grecque, ne serait pas une cuirasse Grecque sans une imposante musculature figurée sur le plastron. Pour ceci, prenez une planche de bois ou la bûche (que personnellement, je préfère), un ciseau à bois, et creusez. Vous devez obtenir une forme concave assez prononcée. Vous obtenez ainsi une enclume en creux d'une matière plus tendre que le métal et qui ne le marquera pas quand vous le martèlerez.

Il ne vous reste plus qu'a dessiner à l'intérieur de votre plastron la musculature désirée, puis à poser celui ci coté extérieur sur l'enclume et a marteler tendrement le métal, pour y former tous les creux désirés.

Si vous faites dans le médiéval; faites plutôt une belle arête centrale sur votre plastron, en le pliant en deux dans le sens de la hauteur, avant de commencer les ourlets. Puis rouvrez la pliure soigneusement, et redonnez la forme voulue à la cuirasse. Continuez ensuite normalement en ignorant les "muscles".

Notre cuirasse est maintenant presque terminée. Il ne reste plus qu'a riveter les charnières aux "bretelles" de l'armure, puis à fixer de même les boucles et les lanières qui serviront à fermer la cuirasse quand vous l'aurez enfilé.

Des troupes plus légères de la même époque portaient des protections moins encombrantes et plus confortables comme celle ci dessous, et montrée sur le personnage de plein pied ci contre.

Parfois un simple petit plastron rond ou carré en bronze était porté, de larges sangles de cuir se croisant dans le dos complétant la protection.

Le fer trop précieux et encore rare n'était utilisé que pour les bijoux et les lames des armes dans les pays méditerranéens. Mais, pendant ce temps, vers le IIIeme siècle, de grands guerriers blonds et moustachus s'aperçurent que les chaînettes en fer de leurs bijoux retenaient bien les coups tranchants. Ils produisirent donc une chaînette bizarre qui ressemblait plus à un tissu qu'a une chaîne ordinaire. Ils fabriquèrent donc une armure nouvelle, étonnamment souple: la cotte de maille.

Pour la fabriquer, le forgeron prenait un lingot de fer qu'il avait déjà fait, le transformait en fil, entortillait ce fil autour d'un barreau comme un ressort. Puis avec une pince coupante, il coupait toutes les boucles du ressort pour en obtenir des anneaux qu'il n'avait plus qu'a assembler et riveter selon le point suivant :

Cela prenait un temps fou, mais le confort en valait la peine. Le poids important n'était pas un grand problème vu la carrure de ces gaillards, mais les anneaux assez larges et donc peu nombreux, les aidaient quand même beaucoup quoi qu'ils puissent en dire... La prochaine fois nous verrons plus en détail l'aspect de ces guerriers celtes et leur équipement

N°11 N°12 N°13 N°15 N°16

Retour